Témoignage

Industrie 4.0 : pour une approche pragmatique, centrée sur le besoin client

Directeur technique et membre du Comité Exécutif du groupe Serac, Thierry Deau nous explique comment cette transformation va se mettre en place chez les industriels et ce qu’elle implique pour un constructeur comme Serac.

Rencontre avec Thierry Deau – CTO

 

Directeur technique et membre du Comité Exécutif du groupe Serac, Thierry Deau connaît le monde de l’emballage sur le bout des doigts et suit depuis plusieurs années, la manière dont ce secteur aborde la transformation digitale.

Il nous explique comment cette transformation va se mettre en place chez les industriels et ce qu’elle implique pour un constructeur comme Serac.

Thierry Deau – Chief Technical Officer

L’Industrie 4.0, incontournable dans l’emballage ?

TD : « Pour les biens de consommation, oui, cela me paraît évident. Tout simplement parce que le développement des nouvelles technologies de production et de l’usine connectée permet de répondre aux attentes du consommateur digital que nous sommes tous devenus : des produits plus personnalisés, disponibles immédiatement et des produits plus « transparents », qui rassurent et se comparent facilement.« 

 

À quelle échéance ?

TD : « Je pense que dans 10 ans les lignes de production connectées seront devenues un standard. D’ici là, il y a encore beaucoup de travail à accomplir et de barrières à lever. La principale est humaine, car le recueil de données et la connectivité sont des sujets qui font peur. Tant qu’un industriel ne verra pas clairement ce que l’Industrie 4.0 peut lui apporter et ne sera pas rassuré sur la sécurité, il hésitera à franchir le pas. Mais les choses vont vite. Le point bloquant de l’interopérabilité par exemple, est maintenant levé avec l’apparition de standards non-propriétaires comme OPC-UA.« 

 

Pour quels besoins ?

TD : « Les machines intelligentes répondent dans un premier temps à un besoin de performance maximale, avec le moins d’arrêts possible, et à un besoin d’assistance en temps réel pour l’opérateur. Le premier objectif est la maintenance prédictive : identifier la moindre dérive dans le process et anticiper les pannes pour produire bien, sur un maximum d’heures. Le second est de fournir à l’opérateur la bonne information au bon moment pour faciliter sa prise de décision face à un problème.

De fait les deux sujets sont liés car plus il y aura d’automatismes et de motion control dans nos machines, plus les opérateurs pourront être guidés. C’est une évolution naturelle, qui reste encore bloquée par la guerre des coûts machine (CAPEX) alors qu’il faut regarder les avantages de la partie opérationnelle (OPEX), c’est un tout.

Les machines intelligentes vont aussi permettre d’assurer une bien meilleure conformité (capabilité machine et process) et traçabilité des produits, ainsi que réduire la consommation énergétique des lignes de production. Tous ces besoins sont des fondamentaux pour notre industrie. »

 

Quelles-sont les premières étapes ?

TD : « Pour être plus intelligentes, nos machines doivent avant tout intégrer plus de composants mécatroniques dans une architecture automatisme bien pensée.

C’est un changement de culture pour les constructeurs. Les ressources en automatisme / mécatronique montent en puissance chez Serac C’est une partie importante de notre stratégie 4.0, tout va partir de la bonne donnée à extraire. Et nous avons choisi de miser sur l’intelligence décentralisée pour être capables de remonter des données et de contrôler le mouvement de chaque axe, au plus près de l’actionneur. Cette architecture est celle qui offre le plus de possibilités, de flexibilité, de performance car elle permet de traiter un maximum de données en local, ce qui est pour nous essentiel.

Avec cette architecture il est aussi possible d’apporter de l’intelligence sur des machines installées en modernisant les fonctions des axes. « 

“ Ce mode gagnant-gagnant nous permettra d’apprendre de la vie de nos machines et nos algorithmes (autrement appelés « Intelligence artificielle ») qui pourront facilement être implantés et updatés en local chez nos clients à terme, avec une connexion au juste nécessaire.« “

Thierry Deau - CTO

Toutes les données de production seront-elles à terme stockées dans le Cloud ?

TD : «  Non. Cela serait à la fois aberrant sur le plan écologique et risqué sur le plan de la sécurité, mais cela serait surtout peu utile. Nous obtiendrons de bien meilleurs résultats, et plus rapidement, en pensant ‹ small data ›. C’est-à-dire en sélectionnant les données dont nous avons besoin pour résoudre un problème donné et en les traitant au niveau de la machine. Cela évitera d’engorger les réseaux et réduira le temps de réponse. Les automates embarqués dans les automatismes sont aujourd’hui de vrais PC parfaitement capables d’analyser des dérives et de détecter des comportements anormaux sur des actionneurs, et d’en faire la correction (dans la mesure du possible). L’intelligence artificielle ou augmentée (au choix), version « expert » ne date pas d’aujourd’hui.

Bien sûr, pour développer des algorithmes de maintenance prédictive plus poussés, il sera nécessaire de faire appel à l’IoT, ce qui implique que nos clients acceptent de partager avec nous certaines données. Et sur ce point nous voulons travailler avec eux, dans une logique gagnant-gagnant, pour là encore ne remonter que des données utiles et partageables. Nous travaillons aussi au stockage des données, à comment les anonymiser, les crypter et les traiter pour offrir un maximum de sécurité et ne pas être pieds et poings liés avec une solution SaaS (Software as a Service). Nous voulons garantir toute la chaîne, et garder la confidentialité de ces données.

Ce mode gagnant-gagnant nous permettra d’apprendre de la vie de nos machines et nos algorithmes (autrement appelés « Intelligence artificielle ») pourront facilement être implantés et updatés en local chez nos clients à terme, avec une connexion au juste nécessaire.« 

Comment le groupe Serac compte-t-il accompagner ses clients ?

TD : « En étant à l’écoute de leurs besoins. La plupart des grands groupes ont initié leur propre démarche Industrie 4.0 et structuré des équipes pour la mettre en oeuvre. Nous leur proposons de nous intégrer dans l’architecture de leur usine connectée, en respectant leur cahier des charges et en servant les objectifs qu’ils ont définis.

Les PME ont plus besoin de conseils et de solutions clés-en-main. Nous leur proposons de cibler des points d’amélioration précis pour amorcer progressivement leur transformation digitale et gagner en maturité avant de se lancer à plus grande échelle.« 

Thierry Deau – Conférencier lors des « Journées de l’Innovation 2019 » organisées par la société B&R

Thierry Deau – Conférencier lors des « Journées de l’Innovation 2019 » organisées par la société B&R

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